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L’art du Storytelling

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L’art du Storytelling

Temps de lecture : 5mn

 

1/ Le storytelling, c’est quoi ?

 

Une petite fille, une grand-mère, un loup. Je n’ai pas besoin d’en dire plus : vous avez déjà le Petit Chaperon rouge en tête. Et pourtant ce conte, l’histoire par excellence, souvent la première qu’on a nous racontée, ne peut absolument pas se réduire à une somme d’informations factuelles : une jeune fille avec un chaperon rouge faisant une livraison de nourriture à sa grand-mère, qui n’est autre que le grand méchant loup. Ce résumé grossier nous montre bien ce qu’est le storytelling : la part supplémentaire qui rassemble des éléments en un tout compréhensible qui va nous toucher. Le storytelling est ce qui permet de passer des informations aux émotions et de l’émotion à la mémoire et à la transmission ; ce qui fait que certaines deviennent éternelles et universelles comme les contes pour enfants ou autres légendes urbaines.

 

2/ Le storytelling, pourquoi ?

 

Dans un magnifique vers, La Fontaine met le storytelling du côté du plaisir : « Si Peau d’Âne m’était conté, j’y prendrais un plaisir extrême ». Mais il est aussi conscient de la dimension supplémentaire du pouvoir des histoires. Celles-ci n’ont pas seulement vocation à créer en nous des émotions ou à nous être agréables. Les histoires sont un instrument essentiel pour notre compréhension du réel et c’est même prouvé scientifiquement. C’est pour cela, comme le souligne encore La Fontaine, que nous sommes particulièrement réceptifs quand une information ou une opinion nous est présentée sous une forme narrative.

 

Notre cerveau n’est rationnel que pour une part seulement ; tout le reste de notre activité psychique fonctionne en référence à nos émotions : notre mémoire, notre compréhension, nos aspirations. Pour s’en convaincre, qu’on compare la facilité avec laquelle nous répondons à cette question  « que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ? » plutôt qu’à celle-ci « et le 12 ? ». Si 100% des gens se souviennent d’où ils étaient, de ce qu’ils faisaient le 11 septembre 2001, c’est à cause de l’émotion surpuissante suscitée par cette journée et par l’intégration des individus à une histoire, la grande histoire du 21ème siècle. C’est la même chose avec cette journée du 15 avril où un terrible incendie s’est déclaré à Notre-Dame de Paris, et tant d’autres jours heureux ou tristes, mémorables parce que racontables et racontables parce qu’émouvants.

 

Le chercheur en neurosciences Michael Gazzaniga montre bien ce besoin d’histoire du cerveau : les histoires ne servent pas seulement à fabriquer l’encre neuronale qui permet de se souvenir, mais elles sont aussi un outil de compréhension et de domestication du réel. Dans une expérience célèbre du chercheur Peter Johanson, et que raconte Albert Moukheiber dans son dernier livre intitulé Votre cerveau vous joue des tours, on fait choisir à des hommes la femme qui a leur préférence parmi deux photos, d’une dame blonde et d’une dame brune, puis on leur demande, très sérieusement, de justifier leur choix, mais en leur tendant la photo qu’ils n’ont pas choisie. Pourtant, 74% des participants vont tout de même être capable d’expliquer et de défendre un choix… qu’ils n’ont pas fait ! Et voilà encore le « pourquoi » du storytelling ! Les histoires sont ce qui rend la vie acceptable et nous permettent de donner du sens à la grande énigme d’un monde ambigu.

 

On se rend donc compte qu’il est bien difficile à nos interlocuteurs de comprendre, ressentir, se soucier des projets que nous leur présentons si nous ne faisons pas l’effort de le leur « raconter ». C’est sans doute pour ça que le storytelling est l’enjeu de tant de réflexions contemporaines. Il s’agit en effet d’une compétence cruciale pour convaincre, pour séduire, pour diriger : mais après avoir vu le quoi et le pourquoi du storytelling, penchons-nous à présent sur le comment.

 

3/ Le storytelling, comment ?

 

Notre approche du storytelling est globale et pratique. Elle consiste à transformer une présentation en une histoire capable de susciter l’enthousiasme, l’adhésion et l’émotion chez l’interlocuteur. Et cela passe par trois piliers bien définis et clairs : connexion, structuration et incarnation. La plupart des méthodes contemporaines se focalisent sur ce dernier point mais semblent oublier les deux premiers qui sont tout aussi fondamentaux.

 

– La double connexion :

 

Il s’agit en fait une double connexion, à soi d’abord, à ce que l’on est, nos valeurs, nos désirs, nos rêves, nos enjeux, notre authenticité, et ensuite à notre auditoire. Un travail de connaissance de soi est essentiel pour obtenir cet alignement, mais il doit toujours s’accompagner d’un effort pour affiner notre capacité d’écoute. C’est seulement en comprenant finement à qui nous nous adressons que nous sommes en mesure de façonner une histoire qui pourra toucher nos interlocuteurs.

Et pour cela, il est essentiel de comprendre quelque chose qui peut sembler contre-intuitif : ce n’est pas parce que l’on parle que l’on s’arrête d’écouter ; bien au contraire. Il convient d’apprendre l’écoute active, celle qui permet d’enregistrer les signes émis par l’interlocuteur pendant que nous parlons, et qui doivent orienter notre prise de parole.

 

– La structuration :

 

C’est la part la plus technique du storytelling. Elle consiste à inventer ou adopter des schémas narratifs qui donneront cohérence et organisation à des éléments épars pour les rendre compréhensibles et impactants.

 

Il existe des dizaines de modèle pour les histoires, et la littérature, le cinéma, le one man show les ont utilisés à outrance. Notre méthode s’appuie sur ces schémas pour les adapter aux exigences professionnelles contemporaines et pour se les approprier simplement par des exercices, des exemples et des bonnes pratiques qui ont fait leurs preuves.

 

 

– L’incarnation :

 

Les deux premiers piliers ne trouvent leur équilibre que grâce au dernier, l’incarnation. Elle permet de faire vivre une prise de parole en en faisant un moment unique. L’incarnation, c’est un peu le moment feu d’artifice du storytelling, où l’on va prendre appui sur nos deux jambes, les techniques du conteur et les techniques de l’acteur, pour incarner une parole via des gestes, des modulations de voix, des silences, des intonations, des regards.

 

Pour conclure, il convient de rappeler un élément essentiel qu’on tend parfois à occulter. Le storytelling est un art. Certes il peut se transformer en véritable talent, atteindre même le génie dans certains cas, mais il demeure avant tout une discipline qui s’acquiert par l’entraînement, la pratique, l’exercice. Personne ne peut donc se cacher derrière des excuses et dire « oh de toute façon moi je ne suis pas doué pour ça ». Qu’on pense au film Le Discours d’un roi qui raconte l’apprentissage de la prise de parole par un roi bègue, pour se convaincre de cet adage fondateur de l’art oratoire : on naît poète, on devient orateur.

 

 

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